Pourquoi former des secouristes du travail en santé mentale ?
Dans l’entreprise, les situations de mal-être, de détresse psychologique ou de crise ne relèvent pas uniquement d’un enjeu humain.
10 mins de lecture

Sommaire
Dans l’entreprise, les situations de mal-être, de détresse psychologique ou de crise ne relèvent pas uniquement d’un enjeu humain. Elles interrogent directement l’organisation de la prévention, la capacité à repérer les situations sensibles et la manière dont l’employeur organise les relais et les secours.
Former des Secouristes du Travail en Santé Mentale permet de structurer une réponse de proximité, de la même manière que l’entreprise organise depuis longtemps sa capacité d’intervention face aux atteintes physiques.
Durant leur formation, ces futurs secouristes apprennent à repérer les signes de mal-être, à aller vers une personne en difficulté, à l’écouter et à l’orienter vers les ressources adaptées.
L’objectif n’est pas de transformer les salariés en psychologues ou en professionnels de santé, mais de leur apporter les compétences nécessaires pour intervenir lorsqu’un collaborateur présente des signes de mal-être, de détresse ou traverse une situation de crise.
Qu’est-ce qui menace la santé mentale du salarié en entreprise ?

La santé mentale ne se limite pas aux troubles psychiatriques diagnostiqués. Dans le monde du travail, elle peut être fragilisée par de nombreuses situations :
- surcharge de travail,
- conflits,
- changements organisationnels,
- difficultés personnelles,
- isolement,
- stress chronique
- ou événements traumatiques.
Chaque travailleur peut, un jour ou l’autre, être concerné par ce type de problématiques.
Santé mentale en danger : des conséquences économiques pour l’entreprise
Au-delà de leurs conséquences humaines, ces situations peuvent également avoir des conséquences économiques et organisationnelles pour l’entreprise lorsqu’elles ne sont pas repérées suffisamment tôt :
- désengagement,
- absentéisme,
- difficultés relationnelles,
- baisse de la productivité
- arrêts de travail…
Pour rappel, l’employeur est soumis à l’obligation légale de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. La prévention des risques psychosociaux (RPS) ne consiste toutefois pas à agir uniquement lorsque les difficultés sont déjà installées.
Elle suppose aussi de créer un environnement dans lequel les salariés peuvent être accompagnés lorsqu’ils rencontrent une difficulté.
C’est dans cette logique que former des STSM fait sens.
Former des secouristes du travail en santé mentale pour agir plus tôt
Lorsqu’une personne se blesse physiquement sur son lieu de travail, les gestes de premiers secours permettent d’intervenir immédiatement en attendant, si nécessaire, l’arrivée des professionnels compétents.
La logique du secourisme en santé mentale repose sur un principe comparable : pouvoir apporter un premier soutien lorsqu’une personne présente des signes de difficulté psychique ou traverse une situation de crise.
La formation STSM permet notamment d’apprendre à :
- Repérer les signes de mal-être ou de détresse
- Préparer et engager une rencontre adaptée
- Spécifier la nature de la situation sans diagnostiquer
- Orienter vers les ressources compétentes lorsque la personne reste en capacité d’échange
- Secourir lorsque la situation relève d’une crise, d’une rupture de repères ou d’un danger immédiat
- Mobiliser les bons relais internes, externes ou les secours
- Préserver son propre équilibre en tant que secouriste.
Quels bénéfices pour l’entreprise à former des STSM ?
Former des STSM ne constitue pas une réponse unique aux risques psychosociaux. La démarche doit s’intégrer à une politique de prévention plus large, portant notamment sur les conditions de travail et les facteurs organisationnels.
Elle peut néanmoins apporter plusieurs bénéfices, par exemple :
1. Développer une culture de prévention
Le fait de former ses salariés à la protection de la santé mentale contribue à rendre le sujet plus visible au sein de l’organisation et à lever le voile sur une problématique encore trop souvent dépriorisée.
La santé mentale devient alors moins facilement un sujet tabou ou exclusivement individuel.
2. Donner aux salariés les moyens d’agir
La formation STSM apporte un cadre et des compétences concrètes pour faire face aux situations dans lesquelles un collègue semble rencontrer une difficulté liée à sa santé mentale. Elle permet notamment de dépasser le simple “si tu as besoin, je suis là” pour adopter une posture d’écoute et de soutien plus adaptée.
3. Faciliter l’orientation vers les ressources adaptées
Le rôle du STSM n’est pas de résoudre le problème à la place de la personne.
Son intervention peut en revanche faciliter la mise en relation avec les ressources appropriées :
- Professionnel de santé,
- Médecin traitant,
- Médecin du travail,
- Structures spécialisées,
- Dispositifs d’aide ou interlocuteurs internes à l’entreprise.
Savoir réorienter est nécessaire : la situation nécessite parfois une prise en charge qui dépasse le champ d’intervention du STSM.
4. Renforcer la chaîne des acteurs en santé mentale au sein de l’entreprise
Une organisation peut disposer de nombreux acteurs susceptibles de contribuer à la prévention de la santé mentale : direction, managers, service de prévention et de santé au travail, représentants du personnel, référents, professionnels de santé ou acteurs de la prévention.
Les STSM viennent compléter cet écosystème en apportant un niveau de proximité supplémentaire.
Le STSM n’est pas une ressource isolée. Il constitue un maillon de proximité entre la personne en difficulté et les acteurs capables de poursuivre la prise en charge : RH, management, SPST, médecin du travail, psychologue, référents internes ou services de secours.
5. Structurer l’organisation de la réponse en santé mentale
Former des STSM ne consiste pas uniquement à transmettre des compétences individuelles. Le dispositif permet également de clarifier qui intervient, à quel moment, avec quel niveau d’information et vers quels relais orienter. Il contribue ainsi à réduire l’improvisation lorsqu’une situation sensible survient.
La santé mentale : un enjeu qui dépasse l’entreprise ?
La prévention de la santé mentale ne concerne évidemment pas seulement les entreprises.
Lorsqu’une difficulté psychique est repérée suffisamment tôt et qu’une personne peut être orientée vers une aide adaptée, l’enjeu est d’abord humain. Une meilleure prévention aura des effets plus larges sur le système de santé et la collectivité.
Prévenir, c’est aussi agir à l’échelle collective
Les troubles psychiques représentent également un enjeu important pour le système de santé. Selon l’Assurance Maladie, les dépenses qui leur sont associées, hors médicaments, représentent environ 28 milliards d’euros par an, soit près de 360 € par assuré ! Ces dépenses couvrent notamment des prises en charge médicales et hospitalières, auxquelles s’ajoutent les conséquences indirectes de ces troubles, comme les arrêts de travail ou les situations d’incapacité.
Le sujet est d’ailleurs suffisamment important pour que l’Assurance Maladie propose, dans son rapport Charges et Produits pour 2026, de former un million de secouristes en santé mentale d’ici 2030, tous secteurs confondus : entreprises, établissements scolaires, services publics, associations, etc. L’objectif affiché est de favoriser le repérage précoce des signes de détresse psychique et l’orientation vers une prise en charge adaptée.
On peut donc considérer sans trop de mal que former des secouristes du travail en santé mentale profite ainsi :
- à la personne concernée,
- à son entourage direct voire parfois indirect,
- à son entreprise
- mais aussi plus largement, à la collectivité.
Le secouriste du travail en santé mentale ne remplace pas un professionnel
Bien sûr, former des salariés à la santé mentale ne signifie pas médicaliser l’entreprise.
Le STSM n’est ni un psychologue, ni un psychiatre ou un médecin.
Il ne pose pas de diagnostic et n’a pas vocation à assurer un suivi thérapeutique.
Son rôle est celui d’un secouriste de proximité : repérer, entrer en contact, spécifier, orienter et, lorsque la situation l’exige, secourir jusqu’à la mobilisation des professionnels ou services compétents.
La formation ne transforme pas le salarié formé en véritable professionnel de santé.
La formation STSM s’inscrit dans une démarche globale de prévention
La présence de STSM ne peut pas, à elle seule, résoudre les problèmes de santé mentale au travail.
Une organisation qui souhaite agir durablement doit également s’intéresser aux causes et aux facteurs susceptibles de dégrader la santé mentale :
- organisation et charge de travail,
- niveau d’autonomie,
- style de management,
- relations de travail,
- changements organisationnels.
Prévenir les risques à la source reste en effet indispensable, tout comme donner aux salariés les moyens de réagir lorsqu’une situation de souffrance apparaît.
En bref : pourquoi former des secouristes du travail en santé mentale ?
Former des STSM, c’est donner à l’entreprise une capacité de proximité pour repérer, orienter et, lorsque la situation l’exige, secourir face aux situations de mal-être, de détresse ou de crise en santé mentale.
La formation permet de développer des compétences concrètes pour repérer les signes de difficulté, engager une rencontre adaptée, spécifier la situation sans diagnostiquer, orienter vers les ressources compétentes et secourir lorsque l’urgence l’impose.
Pour l’entreprise, elle contribue à renforcer la culture de prévention et les relais disponibles.
Pour les salariés, elle peut faciliter la détection et l’accompagnement des situations de mal-être.
Et à une échelle plus large, elle participe à une logique de prévention et de repérage précoce en santé mentale.
Le secouriste du travail en santé mentale n’a pas vocation à soigner. Il permet surtout de ne pas rester sans réponse lorsqu’une personne ne va pas bien !

